En 2024, plus de 60 % des attaques informatiques réussissent en exploitant des vulnérabilités connues pour lesquelles des correctifs existent déjà. Les mesures de sécurité traditionnelles montrent leurs limites, tandis que de nouveaux modes opératoires émergent chaque trimestre, poussés par une automatisation croissante des outils d’attaque.Les organisations confrontées à la sophistication croissante des menaces doivent repenser leur approche défensive. Certaines failles, considérées comme secondaires il y a peu, figurent désormais parmi les priorités des équipes de sécurité. Les acteurs malveillants adaptent en permanence leurs méthodes, rendant obsolètes certaines pratiques jusque-là jugées fiables.
Panorama 2025 : comprendre l’évolution des menaces en cybersécurité
La cybersécurité ne concerne plus uniquement les grands groupes. Désormais, les TPE-PME et organismes publics sont aussi pris pour cibles lors d’attaques plus élaborées que jamais. Ce constat s’explique par la montée rapide de l’IA générative, le développement du travail hybride et l’explosion des interconnexions entre systèmes d’information. Les rapports de l’ENISA et de la CISA sont catégoriques : chaque nouvel outil connecté devient une brèche potentielle pour les groupes malveillants.
Si l’on regarde de près le paysage 2025, quelques tendances s’affirment :
- Le phishing piloté par l’IA domine. Les campagnes deviennent plus ciblées, exploitent le deepfake et les messages personnalisés, au point de tromper même les profils aguerris.
- Les ransomwares poursuivent leur ascension : en quatre ans, leur nombre d’incidents a fait un bond de 95 %. Le modèle Ransomware-as-a-Service abaisse la barrière à l’entrée et démultiplie la menace.
- La chaîne d’approvisionnement logicielle révèle sa vulnérabilité : près d’une entreprise sur deux y fait face, selon Gartner, en raison de l’intégration de solutions tierces souvent peu maîtrisées.
Autre phénomène marquant, les attaques DDoS établissent des records, dépassant par moments 3 Tbit/s à l’échelle européenne. La prolifération d’objets connectés (IoT) accentue l’ampleur du phénomène. Pour les spécialistes de la CISA et de l’ENISA, une certitude s’impose : la variété et la complexité des assauts augmentent, l’interconnexion étant à la fois levier de performance et talon d’Achille.
Quels sont les trois dangers majeurs à surveiller cette année ?
2025 marque un tournant pour la cybersécurité. Trois menaces s’imposent et évoluent vite. En tête, le phishing propulsé par l’intelligence artificielle. Les criminels numériques ne se contentent plus d’emails frauduleux grossiers. Ils élaborent des attaques hybrides, à base de deepfakes, smishing et techniques d’usurpation, rendant la frontière entre vérité et manipulation quasiment invisible.
En deuxième position, la poussée du ransomware-as-a-service (RaaS). Offrir des kits d’attaque à bas coût sur le darknet a banalisé ces pratiques. Les victimes se multiplient, des petites structures locales aux opérateurs d’infrastructures essentielles. Depuis 2021, leur croissance fulgurante met à mal les modèles classiques de protection. Le chantage ne porte plus uniquement sur le blocage, mais aussi sur la menace de divulgation publique, piégeant les entreprises dans des situations intenables.
La troisième grande menace, c’est la chaîne d’approvisionnement logicielle. D’après Gartner, une entreprise sur deux connaîtra ce type d’attaque d’ici la fin de l’année. L’utilisation massive de logiciels tiers, d’API (REST, GraphQL) ou de services interconnectés aggrave le problème. Les failles comme BOLA ou IDOR deviennent des passerelles idéales pour les cybercriminels, qui frappent avant même que les responsables techniques aient repéré le danger.
Ces trois fronts ont un point commun : les attaquants perfectionnent sans répit leurs tactiques, et la réaction classique ne suffit plus. Désormais, réactivité, analyse dynamique continue et adaptation doivent devenir la norme.
Zoom sur les impacts concrets pour les entreprises et leurs systèmes
Le quotidien des organisations est bousculé. Les attaques de phishing supportées par l’IA, les ransomwares ou les brèches dans la chaîne d’approvisionnement n’épargnent personne, ni les banques, ni les PME industrielles. Les chiffres sont révélateurs : en 2025, 16 % des TPE-PME françaises déclarent déjà avoir affronté une offensive. La perte ou le vol de données inquiète 94 % d’entre elles. Conséquences : pertes financières (88 %), arrêts de production (87 %) et atteintes à la réputation (82 %) s’accumulent.
Deux aspects aggravent encore la vulnérabilité :
- 80 % des applications cloud en circulation échappent à tout contrôle par la DSI. Résultat : le Shadow IT prend une ampleur inédite, ajoutant au stock de vulnérabilités non résolues.
- Les Zero Day ciblent à présent les ERP, CRM ou SIRH, avec des techniques de pénétration toujours plus élaborées et difficiles à arrêter à temps.
Les grands groupes subissent, eux aussi, la pression. CrowdStrike recense le secteur financier parmi les cibles phares à l’échelle mondiale. L’ENISA met en lumière la menace croissante sur les infrastructures critiques, des attaques DDoS à plus de 3 Tbit/s sont aujourd’hui une réalité sur le continent européen.
Réagir vite dès le premier incident s’impose désormais comme une priorité stratégique. Pourtant, 80 % des petites entreprises s’avouent largement démunies devant une nouvelle vague d’attaques. Doter l’organisation d’un plan de réponse et renforcer la surveillance des chaînes logicielles deviennent la condition pour contenir les surprises. L’ingénierie sociale, dopée par l’IA, continue d’étendre le champ des risques numériques.
Bonnes pratiques et solutions éprouvées pour renforcer sa sécurité dès maintenant
Sur un terrain mouvant, impossible de se contenter de l’improvisation. La posture de sécurité doit monter d’un cran. Contre le phishing piloté par l’IA, la double authentification s’impose pour tout accès sensible. Les sessions de sensibilisation deviennent la règle : 6 TPE-PME sur 10 organisent régulièrement des ateliers pour suivre l’évolution de la fraude et des rançongiciels.
Voici des mesures concrètes à instaurer sans attendre :
- Déployer un antivirus efficace et un pare-feu, les mettre à jour fréquemment, puis contrôler leur efficacité dans la durée.
- Mettre en place une politique de mots de passe solide : utiliser des gestionnaires, imposer l’unicité et éviter la réutilisation, même pour les accès considérés comme mineurs.
- Assurer la sauvegarde externalisée des données, avec des exercices de restauration réguliers pour limiter la casse en cas d’attaque.
L’approche zero trust s’étend peu à peu. Elle repose sur la segmentation fine des droits d’accès et la surveillance constante des comportements suspects au sein du réseau. Les outils de détection des menaces s’intègrent désormais à tous les étages, offrant la possibilité d’identifier une attaque dès les premiers signaux, surtout sur le cloud et les API exposées.
Les entreprises qui souhaitent aller plus loin se tournent vers des référentiels comme DORA, PCI-DSS ou le RGPD. Ces cadres conjuguent conformité réglementaire et recherche de robustesse technologique.
Le terrain de la sécurité numérique ne se limite plus aux pare-feux ou à la réaction ad hoc. Il s’écrit dans chaque décision technique, chaque vigilance quotidienne, chaque rempart humain ou logiciel. Tenir la distance, c’est anticiper, apprendre, et rester mobile pour faire de 2025 une année d’avance sur les menaces.


